Pourquoi protéger les berges ?
La
berge est la zone de contact entre la terre et l'eau, elle joue un rôle
très important dans la biodiversité. Cette zone peut subir des
phénomènes d'érosion (usure du lit et des berges par l'écoulement de
l'eau), un processus naturel lié à la dynamique
du cours d'eau, qu'il ne faut pas à tout prix tenter d'éviter.
Quelles sont les perturbations que peuvent causer une érosion
?
L'érosion
entraîne un élargissement du lit et donc une diminution de la hauteur
d'eau, ce qui entraîne un réchauffement de l'eau et souvent une
prolifération de végétaux aquatiques.
Elle provoque un colmatage du lit, par les matériaux qui se retrouvent
dans l'eau, la qualité des habitats diminuent.
Elle
peut créer des dégâts sur les ouvrages : menace de déchaussement d'un
pont, d'une route, chute des clôtures dans l'eau, contournement
d'ouvrages...
Parfois l'érosion peut être excessive, dans ce cas elle
a souvent une origine artificielle et peut menacer les usages, les
ouvrages et même dégrader la qualité de l'eau. Des protections de
berges peuvent alors être mises en place, mais celles-ci ne doivent pas
être systématiques.
Avant
de mettre en place des protections de berges il faut bien se poser la
question de l'intérêt de ces travaux. La rivière est naturellement
mobile, et cette mobilité ne doit être combattue que lorsque des enjeux
de sécurité réels l'exigent. Les questions suivantes sont à se poser
avant toute intervention :
A quoi est dûe l'érosion ?
Quels sont les enjeux et les objectifs ?
Quelle technique utliser pour restaurer les berges ?
Les origines possibles de l'érosion
Selon
les cas, il est possible d'intervenir sur l'origine de l'érosion sans
avoir à effectuer des protections de berges, ces causes peuvent être
par exemple :
- Le piétinement du bétail
- L'absence de végétation stabilisant les berges
- La présence d'embâcles qui dévient le courant
- La prolifération de rongeurs
Dans
ces trois cas, il peut souvent être possible d'intervenir sur les
causes de l'érosion, comme par exemple, la mise en place de clôtures
pour éviter le piétinement du bétail, les plantations d'arbres et
arbustes pour stabiliser les berges, enlever les embâcles qui
causent ces problèmes ou encore réguler les populations de ragondins
par piégeage.
Dans d'autres cas, où il n'est pas possible
d'intervenir sur la cause et que les enjeux le nécessitent des
protections de berges peuvent être utiles.
Quelques exemples d'aménagements de berges

Certains
matérieux ont été utilisés et sont toujours utilisés généralement par
les particuliers pour protéger les berges mais sont à proscrire. Ce
sont les protections étanches en "dur" qui suppriment tout échange
entre le milieu aquatique et le milieu terrestre. Elles induisent un
appauvrissement du milieu , et entraînent souvent une accélération du
courant par leur faible rugosité, qui va généralement provoquer une
érosion en aval.
Les protections
hétéroclites : Ce sont souvent des protections élevés par
les riverains avec divers matériaux : tôles,
poteaux
électriques,
traverses de chemin de fer, maçonneries... Ces protections en plus des
problèmes évoqués ci-dessus ont une mauvaise intégration dans le
paysage.
Les protections
lourdes
: Ce sont des techniques de génie civil mises en place lorsque des
forts enjeux hydrauliques ou de sécurité existent. Ces protections
n'ont aucun intérêt pour la gestion des milieux aquatiques, elles
entraînent même un appauvrissement du milieu en supprimant également
les échanges entre milieu aquatique/milieu terrestre. Ce sont
par
exemple du tunage constitué de lattes de bois maintenue par
des
pieux, ou encore de l'enrochement. Ces techniques ne sont donc à
utiliser que dans des cas bien particuliers.
Quelques exemples de techniques en genie vegetal
Les
quatre techniques présentées ci-dessus, utilisent toutes des végétaux
vivants et leur propriété à stabiliser la berge grâce à leur système
racinaire important. Selon le type d'érosion les techniques à utiliser
sont différentes, les exemples présentés ci-dessous sont les techniques
le plus fréquemment utilisées.
A
savoir : Toutes les techniques présentées utilisent des branches de
saules vivants et des pieux soit en saules vivants, soit morts
généralement en châtaignier ou accacia.
Le tressage
Objectif :
Stabilisation du pied de berge
Contexte
de mise en place : sur des berges plates à
légèrement inclinées, à
privilégier dans des zones urbaines, cette techniques à un aspect
esthétique positif.
Principe : Branches
de saules entrelacées
entre des pieux enfoncés dans le pied de berge. L' arrière du tressage
est remblayé par de la terre, ensemencé et protégé par un géotextile
biodégradable.
Efficacité :
Protection immédiate, la stabilisation est maximale trois ans après la
réalisation.
Le fascinage
Objectif :
Stabilisation du pied de berge
Contexte de mise en place
: Niche d'érosion, contexte érosif important (plus que pour les
tressage)
Principe
: Fagots serrés de branches de saules posés entre deux rangées de
pieux. L'arrière est remblayé de la même manière que le tressage.
Efficacité :
Protection immédiate, stabilisation maximale trois ans après la
réalisation.
Les boudins d'hélophytes
Objectif :
Protection du pied de berge
Contexte
de mise en place : Cours d'eau à faibles
contraintes hydrauliques
(généralement adapté à l'Eure), intérêt paysager (berges fleuries,
différentes strates)
Principe
: Le boudin d'hélophyte est un amalgane de
semences ou boutures et de
terre végétale dans un géofilet de coco formant un boudin de 30 à 40 cm
de diamètre. Les boudins (fabriqués par des entreprises spécialisées)
sont déposés entre des pieux.
On peut également juste repiquer des plants d'hélophytes, environ 5 à 8
par mètre de berge.
Efficacité :
Protection immédiate, stabilité maximale une fois les hélophytes
complètement développés.
Le Peigne
Objectif :
Stabilisation d'une anse d'érosion très marquée
Contexte
de mise en place : encoche d'érosion
importante, rivières avec fort
transport solide (techniques peu adaptée à l'Eure)
Principe
: Branches entassées entre deux rangées de
pieux et maintenues par un
fil de fer. Les sédiments vont combler lentement le peigne et va donner
l'aspect d'une berge naturelle.
Efficacité :
Protection immédiate, stabilisation maximale après comblement par les
sédiments.
Limites de ces techniques
Ces
techniques basées sur les propriétés stabilisatrices du système
racinaire des plantes améliorent les qualités biologiques et paysagères
des berges, elles sont bien adaptées au contexte de l'Eure (rivière
avec faible contrainte hydraulique).Cependant plusieurs causes d'échec
peuvent être mises en évidence :
- Mauvaise mise en oeuvre et matériaux inadaptés :
mauvaises périodes de plantations, utilisation de végétaux morts...
- Manque d'entretien les premières années : un jeune plant
est vulnérable, car il possède encore un enracinement faible